L’Effet Mandela
Ou quand nos souvenirs collectifs nous mentent
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De Dark Vador à Fruit of the Loom, nous faisons souvent les mêmes erreurs de souvenir : c’est l’effet Mandela.

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Au programme
Introduction
Quand ma mémoire m’a piégée
La mémoire n’est pas une caméra
De Platon à l’IA
Faux souvenirs, vraie histoire
L’entreprise, théâtre de l’Effet Mandela
La leçon de leadership
Le paradoxe humain
Pour creuser
En 2009, lors d’une conférence sur le paranormal, la blogueuse Fiona Broome fit une étrange révélation.
Elle se souvenait avec précision de la mort de Nelson Mandela dans une prison sud-africaine dans les années 1980. Funérailles, unes des journaux, discours de sa veuve; tout lui paraissait réel.
Problème : Mandela ne mourut qu’en 2013.
En partageant son expérience, Broome découvrit que des milliers de personnes avaient le même souvenir erroné. Elle baptisa ce phénomène : l’Effet Mandela.
Quand ma mémoire m’a piégée
Si vous me demandez si le Monopoly Man a un monocle, je dirais oui sans hésiter.
Et j’affirmerais que, bien sûr, Dark Vador a dit : « Luke, je suis ton père. »
Je peux même vous jurer que la queue de Pikachu a une pointe noire.
Mais j’aurais tort.
Mon cerveau a inventé tout ça.
C’est ça, l’Effet Mandela au niveau individuel : des souvenirs si convaincants qu’ils effacent le réel. Ils créent une certitude intime mais erronée.
La mémoire n’est pas une caméra
Depuis des décennies, des psychologues comme Elizabeth Loftus le démontrent. La mémoire n’est pas un disque dur. C’est une page Wikipédia : révisée, modifiée, réécrite en permanence.
La neuroscience le confirme : la même zone du cerveau, l’hippocampe, sert à la fois à stocker les souvenirs et à imaginer des scénarios . Résultat : à force d’imaginer, nous finissons par croire les avoir vécus.
Comme l’ont montré Wilma Bainbridge et Deepasri Prasad (Université de Chicago), nous faisons souvent les mêmes faux souvenirs. En présentant à des participants des versions modifiées de logos célèbres, Bainbridge et Prasad ont constaté que des détails inexistants, comme la corne d’abondance du logo Fruit of the Loom, s’ancraient durablement dans la mémoire collective.
La mémoire ressemble donc moins à un journal intime qu’à un Google Doc. Et tout le monde peut y ajouter ses commentaires.
De Platon à l’IA : la caverne numérique
Platon nous avait prévenus avec son Allégorie de la caverne : ce que nous appelons “réalité” n’est souvent que l’ombre de croyances partagées.
Aujourd’hui, ces ombres circulent via TikTok, les mèmes et les tweets viraux.
Et désormais, l’intelligence artificielle accélère le phénomène. En 2023, une image du pape François en doudoune Balenciaga, bien que fausse, a été partagée des millions de fois, créant une mémoire visuelle partagée bien que fictive.
Comme le note la chercheuse Jen Golbeck, l’IA risque de multiplier les Effets Mandela : à force de voir des images artificielles répétées, nous risquons de confondre nos souvenirs avec des fabrications algorithmiques.
L’Effet Mandela est la caverne de Platon version numérique : la preuve que la répétition et le consensus pèsent plus lourd que les faits.
Faux souvenirs, vraie histoire
L’Effet Mandela n’est pas une invention d’Internet. L’histoire humaine en est truffée.
Au Moyen Âge, des villages entiers “se souvenaient” de miracles jamais survenus.
En Espagne, l’Inquisition s’appuyait sur des témoignages de sorcellerie, souvent des faux souvenirs collectifs, renforcés par la peur.
Dans le sport, demandez à un supporter anglais et à un supporter argentin de 1986 s’il y a eu “main de Maradona” : vous obtiendrez deux souvenirs aussi fermes que contradictoires.
La mémoire n’est pas l’archive du passé. C’est une construction sociale en perpétuelle évolution.
L’entreprise, théâtre de l’Effet Mandela
Si cela vous semble abstrait, observez votre dernière réunion.
On dit que le projet a échoué faute de budget (en réalité, il est mort de luttes politiques).
On attribue une décision au PDG, alors qu’elle vient d’ailleurs.
Une phrase mal retenue devient vérité officielle trois réunions plus tard.
Comme les cultures, les entreprises ne fonctionnent pas que sur les faits, mais sur des souvenirs partagés. Et quand ces souvenirs sont faux, des pans entiers de stratégie partent en vrille.
L’histoire ne se répète pas parce que les gens oublient. Elle se répète parce qu’ils se trompent ensemble.
La leçon de leadership
L’Effet Mandela nous rappelle une vérité inconfortable : nous sommes de piètres narrateurs de nos propres vies.
Mais être un leader ne consiste pas à avoir la meilleure mémoire.
C’est être le rédacteur en chef de la mémoire collective.
Celui qui ose demander :
“Qui était présent ?”
“Quelles preuves avons-nous ?”
“Est-ce vrai ou juste répété ?”
Face à ces défis, deux rituels simples peuvent changer la donne : Pratiquez le “tour de mémoire ». Demandez à 2-3 personnes de reformuler la décision ou l’événement avec leurs mots. Vous serez surpris de voir combien les versions diffèrent déjà. Documentez, mais aussi répétez. Les faux souvenirs naissent du flou. Ancrez les vrais faits en les répétant régulièrement (au début de la réunion suivante, dans un mail de synthèse, etc.).
Les organisations n’ont pas seulement besoin de stratégie. Elles ont besoin d’audits de mémoire.
Sinon, elles finissent comme ces fans de Star Wars persuadés que Dark Vador a dit : « Luke, je suis ton père. ».
Le paradoxe humain
Paradoxalement, ces erreurs partagées sont aussi ce qui fait de nous des humains. Rire ensemble d’un film qui n’a jamais existé, se tromper à l’unisson sur une citation, c’est créer un terrain commun.
Peut-être est-ce la grande leçon : la vérité compte, mais le lien social aussi.
L’Effet Mandela n’est pas seulement un bug de mémoire. C’est un miroir de notre condition humaine : imparfaite, collective et toujours en train de réécrire son histoire.
📚 Pour creuser
Elizabeth Loftus, The Myth of Repressed Memory
Yuval Noah Harari, Sapiens (sur les fictions collectives)
Wilma Bainbridge, recherches sur la mémoire visuelle
Ps : Si la mémoire est un Google Doc, qui dans votre équipe en est le rédacteur en chef ?
Pss : L’effet Mandela, c’est quand tout le monde se souvient que vous avez dit oui… alors que vous étiez en vacances 😉
Psss : BIG NEWS !!! Cet été, j’ai terminé le manuscrit de mon prochain livre. Sortie prévue le 13 janvier 2026 et vous serez tous invités au lancement. Je vous en direz plus bientôt :)
Voilà, vous pouvez reprendre une vie normale,
Vanessa
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